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Nov 26

L’entraînement ou le syndrome « Cirque du Soleil »

L’entraînement ou le syndrome « Cirque du Soleil »

Il est une tendance actuelle que j’observe de plus en plus sur le net ces temps-ci, que j’appelle le syndrome « Cirque du Soleil ». Celui-ci sévit énormément dans le monde de la culture physique. Il s’agit d’une forme de complexe qui s’est développé en même temps que le street workout et l’entraînement fonctionnel en général, et il faut bien le dire, c’est une forme de rejeton issue du développement d’internet et de youtube.

De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’une idée toute simple. Pour être fonctionnel, l’entraînement doit reposer sur des exercices ésotériques compliqués (et surtout flashy ; c’est plus visuel pour une vidéo youtube !). Le pratiquant doit jouer avec des formes d’instabilités et de mises en déséquilibres savants afin d’atteindre son plein potentiel, et de développer, n’en doutons pas, des capacités physiques hors du commun. Les athlètes qui illustrent souvent de leurs prouesses physiques les démonstrations de figures toutes plus improbables les unes que les autres, présentent généralement un physique qui ne laisse aucun doute sur l’efficacité « démontrée » de ces exercices et enchaînements.

« Bullshit » comme disent les américains !

« C’est quand qu’tu nous montrent des techniques mortelles ?! »

Tout cela me rappelle une anecdote amusante. Lors d’un stage découverte en karaté, je faisais travailler des enfants de 7-8 ans, en leur faisant découvrir un panel de ma discipline comme on le fait dans ces cas-là, grâce à des jeux et des éducatifs, lorsqu’un des gamins m’interpelle et me dit « c’est quand qu’tu nous montre des techniques mortelles ?! ». Il venait d’apprendre des techniques de base d’attaque et de défense, les avait mis en application sur une cible en mousse, puis avait testé le tout dans différents jeux d’opposition avec un partenaire, mais cela ne lui suffisait visiblement pas. Après tout, en karaté, on apprend des techniques mortelles ! Cela m’avait bien fait rire à l’époque, surtout lorsque je repense à ma première leçon perso en tant que débutant bien des années auparavant ! Pensez-donc ! J’avais travaillé pendant une heure mon zen kutsu (position en fente avant). Bon il y avait eu des variantes à l’époque ; j’avais travaillé sur place, puis en avançant, en reculant, et cerise sur le gâteau, j’ai même fait des demi-tours !

Tout évolue !

Ce qui n’évolue pas, par contre, ce sont les principes liés à l’entraînement. Et certains, qui ne sont plus des gamins de 7-8 ans émerveillés par un mythe ou une image rendue par un dessin animé ou un film d’action, ont tendance à l’oublier.

Notre temps est celui de l’instantanéité et de la société du spectacle. On veut tout tout de suite, et surtout, il faut que ce soit fun !

Et bien il va falloir sérieusement revoir ces notions.

Tout comme un enfant se conçoit en 9 mois de gestation, la construction d’un physique solide (pour la vie !), prend du temps. Les raccourcis conduisent inévitablement aux blessures et aux impasses (drogues type stéroïdes). Le véritable travail se développe sur des fondations solides. Aujourd’hui, on veut apprendre à se défendre rapidement, en faisant des trucs flashy et compliqués qui seront inapplicables en cas de confrontation réelle. On veut un corps d’athlète antique en trois mois, capable des prouesses gymniques présentées sur youtube par des gymnastes russes qui ont quinze ans de travail sérieux dans les mains.

Les pompes ? des tractions ? les sprints ?...So boring !

Maître de Uechi ryu

Reprenons, un temps, l’analogie avec le karaté présentée au début de ce billet. En Uechi ryu, un ancien style dont les origines chinoises sont encore très marquées, le premier kata sur lequel se fait les dents un pratiquant débutant est le Sanchin. Il s’agit d’une forme chorégraphiée présentant des techniques d’attaque et de défense, et qui est également fondamentale pour le développement des qualités physiques importantes grâce à la tension dynamique liée à son exécution. Il s’agit d’une forme de musculation spécifique qui permet au pratiquant de se renforcer musculairement en fournissant lui-même la résistance nécessaire. Ce kata est souvent appelé la « torture » par les pratiquants de ce style, car il est pratiqué jusqu’à un âge très avancé. Les fondations seraient-elles plus importantes que les techniques « soit-disant » plus élaborées ?!

L’un n’empêche sans doute pas l’autre, mais ce qui est certain, c’est que les fondations sont essentielles, et se doivent d’être solides, entretenues et renforcées. Si il n’y a pas ça, vous pouvez oublier le reste. Oubliez les techniques soit-disant avancées. En toute honnêteté, elles ne trouvent souvent grâce à vos yeux que par leur côté flash et divertissant.

Le véritable travail se fait dans le souci du détail et de la culture de la sensation. Il faut parfois des années avant qu’une seule technique, simple en apparence, soit totalement absorbée par un pratiquant. Une simple technique de poing ne rime pas avec facilité. Sentir l’angle d’attaque approprié tout en se protégeant au mieux lors de l’attaque, développer le maximum d’efficacité en gaspillant le moins de force musculaire possible, être capable de la placer à coup sûr car elle fait désormais partie de nous ; vaste programme !

Il en va de même de la culture physique. Car la règle à retenir est celle-ci :

Tirez partie au maximum de l’exercice que vous travaillez, sans être pressé de passer à une version soit-disant supérieure. Tirez-en la substantifique moelle comme on dit. Investissez-le à fond, et revenez-y régulièrement une fois que vous avez franchi un cap de force ou un niveau de forme. Les exercices de base sont vos fondations. Vous savez maintenant comment celles-ci doivent être.

(1 commentaire)

  1. biget

    Bonjour et Merci! çà fait du bien de lire cela!cordialement
    didier

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